J’ai la joie de rencontrer une nouvelle équipe en cette fin d’année. Le contexte est bien connu : L’entreprise prend le virage de SAFe et cette équipe se doit de suivre le rythme. On me préviens tout de même, cette équipe est formée de personnes se connaissant depuis plusieurs années, travaillant ensemble sur le même sujet depuis longtemps et des habitudes de travail, pour certains, de 30 ans. OK, merci pour l’information.

Pourquoi l’agilité?

J’ai pour habitude aujourd’hui de poser en première question : Pourquoi souhaitez vous un coach Agile? et pourquoi souhaitez vous être Agile? Cette fois, comme souvent, c’est pour faire comme les autres, pour ne pas être largué, pour suivre la politique générale d’agilisation. Nous avons donc une agilisation potentiellement subie qui se prépare… Ah ben je suis bien là!

Première posture : Validons ensemble que vous trouverez un intérêt à être Agile

Je suis agiliste, profondément convaincu que l’agilité est une très bonne (belle) façon de produire de la valeur. Mais ce n’est que mon point de vue et il serait péremptoire de ma part de supposer que puisque je suis missionné comme coach Agile, je doive faire appliquer l’agilité. Et si ce n’était pas une bonne idée finalement? Et si les personnes ne sont pas prêtes à changer? Et si le contexte ne le permettait tout simplement pas?

Il ne faut pas oublier que changer pour l’agilité, c’est changer pour une nouvelle culture, un nouvel état d’esprit. Et c’est potentiellement coûteux!

Je dois alors faire ce travail avec l’équipe de comprendre quelle est la proposition faite par Agile et si l’on peut y trouver le moindre intérêt. Ensuite, si le R.O.I. saura justifier toute l’énergie que nous mettrons dans cette transformation. Je reste véritablement ouvert à ce que vous choisissiez de ne pas poursuivre vers Agile.

Deuxième posture : On a dit qu’on s’y mettait… alors on s’y met

Rien n’est plus dommageable à une action de transformation que de le faire dans la lenteur. Pour cette équipe particulièrement, ancrée dans ses habitudes, n’ayant pas particulièrement demandé l’agilité, quoi de plus inconstructif que de prendre le temps petit à petit d’amener Scrum, concept par concept, cérémonie par cérémonie, avec un bout de bonne pratique d’écriture de User Story par ci, un petit coup de Kanban par là.

C’est une transformation profonde, réelle, qui est appelée par l’agilisation des pratiques. Plutôt que de faire durer dans la longueur cet inconfort et le sentiment de ne pas maîtriser la plénitude des concepts, conserver une incompréhension constante de ce qui est à faire, comblant au mieux avec ce qui est connu, à savoir ce cher cycle en V, restant dépendant du scrum master ou du coach, je vous propose chers amis, d’entrer de plein pied dans ce nouveau monde. Fini les cahiers de specs, les acceptances business ou fonctionnelles définies après les devs, les demandes de pissage de code sans vision globale.

A partir d’aujourd’hui, on reçoit les demandes et on veux savoir QUI fait la demande, comment le rencontrer. On veux savoir ce qui l’a poussé à faire cette demande, en quoi ça va l’aider dans sa vie d’utilisateur, quelle valeur nous sauront apporter.
A partir d’aujourd’hui, on ne code plus sans savoir de quoi il en retourne, on ne se prépare plus à rejeter la responsabilité de la mauvaise livraison. On assume ce que l’on code, et même on en est fier par ce qu’on y a mis notre coeur, on a cherché l’excellence. On vise le 0 défaut et des fois, on va l’atteindre. On livre le bon produit et on le sait, parce que l’on a pris soin de comprendre notre utilisateur.

Troisième posture : On met l’énergie là où il y en a besoin et on l’assume

Tant de changement, c’est extrêmement inquiétant pour notre équipe. Elle a déjà tellement à faire pour produire dans les temps tout ce qu’on lui demande en permanence! Direction le manager…
Je vais chercher auprès de lui un alignement sur l’objectif de ma mission puis nous nous accordons sur les moyens. En l’occurence, il est indispensable de partager qu’une équipe en pleine transformation n’a pas la capacité de produire comme à l’habitude. L’énergie est mise ailleurs, on va essayer, on va se tromper. Alors considérer que les 2 ou 3 premiers sprints seront a priori catastrophiques en terme de livrable n’est pas incongru. Assumons et donnons ce droit à l’équipe. Cher manager, maintenant que nous sommes d’accord, tu vas l’exprimer à l’équipe 🙂

Et bien mine de rien, cela change tout de la capacité d’écoute des équipiers. Le doute est bien sûr présent mais il a sa place, on peut en discuter, on peut tenter de se faire confiance les uns les autres. Et on peut se tromper, on peut ne rien livrer. Et de toute façon, c’est le coach qui en a pris l’initiative.

La thérapie brève plutôt que la cajolerie homéostatique

Oui, une transformation se mène tambour battant, parce que l’on doit aller plus vite que les anciennes habitudes. Quand la culture est si différente, il vaut mieux se donner les moyens de réussir, de comprendre ce nouveau contexte par une approche globale, inclusive. Prenons un moment de vacances et visitons ce nouveau pays Agile, prenons y nos marques, changeons de language, d’horaires, de rythme. Cherchons le plaisir d’être là, toujours.

A vous je le dis, choisissez plutôt de vous confronter le plus rapidement à tous vos problèmes avec pour objectif prioritaire de faire votre place telle que vous la souhaitez vraiment, plutôt que de mener une agilisation lente, confortable, patachonnante où vous perdrez rapidement de vue pourquoi vous avez un jour choisis de prendre ce chemin qui ne vous a mené nulle part ailleurs que là où vous étiez.

Belle transfo à tous 🙂

%d blogueurs aiment cette page :