Avez vous comme moi régulièrement entendu parler de la méthode Agile? Celle qui permet de livrer plus vite, mieux et pour moins cher?
L’agilité qui se pratique en appliquant des outils Agiles, des ateliers créatifs, des team buildings et serious games avec des briques Lego(c) ?

Oui, moi aussi. De quoi rendre tellement joyeuse la transformation de votre équipe dans le même temps où l’on attend de vous des résultats encore jamais atteints.

Aujourd’hui, lorsque l’on me demande de parler/former/appliquer (faites votre choix) je me permets de recadrer gentiment mais immédiatement mon interlocuteur.

« La méthode Agile n’existe pas… jusqu’à ce que vous ayez créé la votre »

François Laugier, Coach en entreprise & Agiliste agnostique

Vendre du rêve

Le miroir aux alouettes

J’ai fait partie des sociétés qui vendent à leurs clients des prestations Agiles. Des sociétés qui vendent ce que les clients leur demande.
« J’ai besoin qu’un coach dise à l’équipe comment être plus efficace », « On a décidé de faire du Scrum et on a besoin d’un Scrum Master pour mettre en place l’agilité », « Je recherche un chef de projet Agile pour assurer le reporting projet et la gestion des ressources dans un environnement Agile », « On a décidé de faire du SAFe, parce qu’on veut être une entreprise Agile », « Ce qu’il vous faut, c’est passer en gestion de projet Agile ». Comme si Agile était une fin en soi…

Chacune de ces phrases contient un non sens, une méconnaissance du sujet, un manque criant de culture Agile… Bon, effectivement, s’agissant d’aider le client dans son parcours vers plus d’agilité, on (nous les coachs) ne manque pas de boulot, potentiel. Mais qu’en est-il de la demande initiale du client? Pourquoi veut-il faire de l’Agilité? Veut-il vraiment être Agile? Sait-il seulement de quoi l’on parle? A-t-il vraiment conscience du niveau de transformation nécessaire? Est-ce une décision vraiment collective? Comment va-t-il réagir quand je lui aurait fait comprendre ce dans quoi il a mis le doigt?

Pourquoi en sommes nous là aujourd’hui?

Quand j’ai rencontré Agile, j’étais accoutumé au rôles de gestion de projet et souvent confronté à la gestion des ennuis (dette technique et bugs émergents, retards de livraison, refus de recette…). Notre rencontre se passa de la plus belle des manières, en cocréant la relation avec mon client. L’enjeu était immense pour lui, mais mieux valait un peu qui marche et crée de la valeur, que tout à foutre à la poubelle et perte de temps au tribunal. Et pourtant, on (le client, le presta, l’équipe… on quoi) était vraiment dans une très mauvaise situation, mais passons ces détails qui appartiennent à l’histoire (avec un petit H). Gardez en tête une chose pour la suite, mon client veut aboutir à ce que la situation permet de mieux.
Notre plan d’action :
– Revoir les objectifs essentiels du client et éclairer ce qui ne l’est pas.
– Partager en complète transparence les forces et les faiblesses de l’équipe et du contexte
– Livrer au plus tôt quelque chose et améliorer tous les sujets possibles
– et on recommence!
Oui, c’est comme ça que j’ai rencontré Agile. Prendre conscience de la situation telle qu’elle est, sans la rêver ou regretter et se mettre en mouvement pour atteindre le meilleur possible et s’en féliciter.

Rencontre improbable, fondamentale, debout sur mes certitudes

Quelle surprise pour moi quand j’ai constaté lorsque je parlais d’Agile à des entrepreneurs ou prestataire, entendre « Ah oui, l’agilité ça permet de livrer plus vite, mieux et pour moins cher » comme une certitude établie. Mais jamais en premier, ce qui peut le rendre possible..

La mort d’Agile

Que j’ai de la peine pour toi, Oh Agile, toi qui a tant d’ambition pour l’Homme, lui qui te détruit en servant ses propres travers…

François Laugier, Poète incomplet

Bon, j’aurais aussi pu parler de systémique, mais je suis d’humeur lyrique à la minute où j’écris ces lignes.
En cherchant une image, me vient aussi celle de la poule aux oeufs d’or. Qu’il est long d’attendre que chaque jour qu’un simple oeuf fut-il d’or arrive quand on imagine que le stock est immédiatement accessible et sans effort. C’est oublier que l’agilité est un phénomène émergent!

Je suis passé par différents contexte où j’ai vu Agile malmenée, avec une crainte profonde, celle de voir qu’un jour, elle soit décriée pour ce qu’elle n’est pas. Et je constate que des clients reviennent de « l’agilité ». Avec un biais monstrueux cependant, celui de ne pas l’avoir vécue.

Un état d’esprit

Agile n’est pas une méthode, c’est un état d’esprit. Et croyez moi (ou pas en fait, c’est juste un retour de ma propre expérience), changer d’état d’esprit, ce n’est ni simple ni indolore. Changer ses habitudes, ce n’est pas immédiat. Changer pour une nouvelle croyance demande d’avoir fait le tour de votre croyance actuelle (cf spirale dynamique).

Si je devais avancer une première étape dans un processus de changement tel que celui ci, ce serait l’affirmation de ne plus vouloir ce qui a engendré la situation vécue. Refuser le « Toujours plus de ce qui ne marche pas pour toujours plus du même résultat ». Pour vous aider, l’approche systémique apporte tout ce qu’il vous faudra de déstabilisation pour vous permettre de tomber de vos certitudes. Si je vous ai convaincu, au moins de vous renseigner, allez faire un tour sur la page de Waavy et lisez quelques travaux de Paul Watzlawick.

Pour s’en sortir, il ne faut pas sortir. Il faut monter plus haut, se dépasser, grandir, aller au dessus de soi-même, changer de niveau de conscience.

Anthony Robbins

Vous êtes responsables de votre vie

Avec tout ça, on fait quoi? OK, il est temps de livrer mes réponses.

Je vous invite à demander à un coach (pourquoi pas agile) de vous rencontrer parce que vous vous questionnez sur votre entreprise, vos façons de travailler, ce que vous considérez comme une efficacité perfectible, une adéquation au monde complexe qui vous entoure, que vous souhaitez servir… et laissez le vous accompagner. Le coach est là pour que votre propre réponse émerge, celle qui sera la plus adaptée à vous, votre équipe, organisation, votre situation ou contexte, vos objectifs, missions, raison d’être.

Et ce sera fatiguant, éprouvant, des fois déconcertant. Vous créez ce qui n’a jamais été. Vous élargissez votre zone de confort. La voie Agile n’est pas pavée, si elle l’est, vous vous trompez de chemin. (et il n’y a pas de ligne de bus non plus, il va falloir marcher par vous même!)

Ce que j’apprécie avec l’Agilité pour la pédagogie c’est que ce n’est absolument pas une méthode. C’est un état d’esprit qui permet des méthodes variées utilisées à bon escient pour des buts et du sens en fonction de l’environnement et des interactions entre les individus.

Christian den Hartigh

Peut être, au détour d’une moment de formation, rencontrerez vous des éléments de réponse. Un outil ou un point de vue, issu d’un framework Agile, qui semble adapté, qui vous donne envie d’essayer parce que vous pensez (vraiment) qu’une réponse est apportée. Le pire serait de prendre l’ensemble de ce qui a fonctionné ailleurs (d’ailleurs, en avez vous la preuve) pour l’appliquer stricto senso à votre contexte, sans le challenger, sans l’adapter et vous l’approprier.

Appliquer sans adapter est extrêmement efficace pour ne pas atteindre vos objectifs, rejeter la responsabilité de votre changement raté sur autrui et rester dans la même situation toujours plus depressive. Faites vous confiance, assumez, faites des choix et faites grandir. Faites le choix de créer votre nouvelle organisation, de prendre ce qui vous fait sens et de laisser de côté ce qui ne vous parle pas (aujourd’hui).

Ne dites pas que vous voulez faire de l’agilité. Faites le point sur ce que vous voulez vraiment atteindre, apprenez ce qui vous manque, collaborez, appliquez ce que vous pensez approprié, mesurez le changement, félicitez vous du chemin parcouru et recommencez. Vous êtes Agile.

Agile n’est pas la destination, c’est le chemin que vous avez créé pour y aller.

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